Un humoriste qui s'amuse sans jamais se prendre au sérieux et qui se prend au sérieux mais toujours en s'amusant |
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LE CHOUCHOUHélène Clerc
Lorsqu'elle est arrivée, timidement, elle devait être accompagnée d'une amie qui au dernier moment s'est défilée (Ah ! les ami(e)s…).
Elle se présenta avec ‘'l'invitation au voyage'' de Baudelaire et ça en disait long sur son bon gout et sa sauvagerie délicate. Terrorisée, elle ne pût aligner trois mots du poème qu'elle connaissait pourtant par cœur. Mais les projecteurs, la scène, les gens et ses mystères à elle, rien qu'à elle, eurent raison de sa maitrise et la firent (presque) défaillirent. Alors le professeur se leva, et pour la première fois de ce premier cours il alla sur scène avec son élève, la rassura, l'aida du mieux qu'il pût, et ils se dirent tous les deux, les yeux dans les yeux, sans s'occuper des curieux qui admiraient et apprenaient, le si beau poème de l'ami Charly qui devait être bien fier de contribuer à cet instant magique (et peu importe que le voyage ait été quelque peu malmené !).
La deuxième semaine, elle refit le coup du luxe, du calme et de la volupté et c'était déjà beaucoup mieux (faut dire, pour être honnête, qu'elle partait de loin la donzelle…).
Après, en troisième semaine, et après bien des atermoiements sur le choix de la fable, elle eût la roublardise de donner un La Fontaine (passage obligé au cours Sauton) tellement court que le professeur fut pris de court pour lui transmettre ses impressions. Mais il fut ravi de voir la malice de la demoiselle s'exprimer ainsi, son calme avait repris le dessus, la princesse commençait à prendre ses aises… Tant mieux, se dit le prof. Je n'en attendais pas moins.
Pour châtier ce petit renard, le maitre (bah oui, c'est plus glorifiant que ‘'le prof''…) lui proposa ‘'Credo in unam'', poème méconnu et ‘'everestique'' de l'adolescent Rimbaud. Au lieu de naturellement se casser la gueule, elle parvint quand même à restituer une bonne partie de la grandeur et de la beauté de ce monument qui fait si peur que l'on l'ignore.
Puis, après un détour sensuel par "les dessous chics" de gainsbourg, le professeur ("maître'' ça fait peut-être un petit peu trop…) eût alors la très bonne idée de lui confier le rôle d'Agnès de l'école des femmes de JB.P alias MOLIERE. En effet, elle convenait parfaitement au personnage, et l'on pouvait aisément concevoir qu'elle se glisserait à merveille dans sa peau (d'ailleurs, même pas besoin de changer de peau, tellement la sienne est une merveille… Mais je déborde.). Tout cela n'indiquait pas pour autant que cela allait lui être facile ! Nombre d'actrices plus ou moins confirmées s'y cassèrent les dents. C'est après un travail EXCEPTIONNEL que la belle brilla de mille feux dans le rôle et conquit l'ensemble des élèves présents.
Ensuite, elle confirma dans Marianne des Caprices du romantique Musset qu'elle savait jouer et comprendre toutes les femmes de caractère et envoutantes du répertoire (peut-être parce qu'elle-même en est une).
Un poème de Hugo eût les honneurs de se placer dans la bouche et l'âme d'Hélène (dis Victor, tu préfères être dans la bouche ou bien dans l'âme de la resplendissante Hélène ? Lâche-toi Victor…). Seul Debureau et l'impressionnant Guitry sût résister au talent, travail et courage de l'élève qui fume sa clope, tranquille, avant d'entrer en cours.
Hélène Clerc a tout pour faire ce métier.
Elle en a la passion, l'abnégation, le travail, la constance, la compréhension sans quoi ce métier est galvaudé. Sa grande beauté qui touche aussi bien les mâles en rut que les esthètes respectueux (et même la gent féminine qui en oublie d'être jalouse !!!) ne fait qu'ajouter à la grâce qui émane de son corps, de ses mots, de son silence lorsque la créature foule les planches. Attention néanmoins à ne pas lâcher trop vite au premier obstacle rencontré, à la première contrariété venue. Mais cela s'arrange avec le temps, semble-t-il…
Souhaitons la voir au cinéma (je pense sincèrement qu'elle n'a RIEN à envier aux comédiennes qu'on voit aujourd'hui triompher sur les écrans, mais que font les directeurs de castings ?!...), ainsi que sur les planches, car ce métier serait en droit de s'enorgueillir qu'une jeune femme aussi douée, aussi bienveillante, aussi lumineuse qu'Hélène Clerc se prête à l'art de l'interprétation.
(Ce sera deux cent euros, Hélène…) Lu 1096 fois
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