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LES NOURRITURES TERRESTRESAndré Gide
J'ai découvert André Gide et ses nourritures terrestres peu après mes vingt ans.
Jean-Laurent Cochet, mon professeur de théâtre, insistait auprès de ses élèves pour qu'ils lisent ce chef d'œuvre, cette ode à la liberté, cet hymne d'une certaine jeunesse. Mon vieux maitre prétextait qu'à nos âges il était considéré comme du domaine du devoir de découvrir, savourer et puis jeter cette merveille. Je m'exécutais. Oh que je fis bien... C'est au printemps 2001, je crois, que je m'assieds sur l'une des chaises ferrailleuses et vertes du jardin des tuileries le livre en main. Jamais ma mémoire ne pourra oublier cet instant durant lequel j'ouvris le livre qui devait me révolutionner. Mais je crains que ma prose n'ait suffisamment de talent pour exprimer parfaitement les sensations qui m'envahirent ce jour-là , ainsi que tous les autres jours qui suivirent.
"Les nourritures terrestres" n'est pas un roman au sens littéraire du terme. Ni intrigue, ni vrai personnage, pas de début, pas de fin, pas d'histoire et pourtant un chef d'œuvre.
Le narrateur, André Gide lui-même, s'adresse à un disciple imaginaire, Nathanael (=donné pour Dieu, en hébreu), et l'exalte à jouir de la vie, prône une vie nomade, libre et sans attache. Ce livre célèbre lyriquement, poétiquement l'art d'exister intensément. Lecture idéale pour tout esprit "jeune". Savoir s'affranchir des dogmes et de son éducation, profiter et saisir toutes les aventures que le destin nous offre, telle est la philosophie des "nourritures".
Ce livre mêle tous les genres d'écriture. Il a un ton très "biblique", très vent du désert... Et c'est beaucoup mieux écrit que du Coelho! Rien à voir! Là , nous sommes dans la littérature avec Gide! Sa prose est un régal, j'adore avoir du Gide en bouche (ça lui aurait plu, en plus...).
Donc, dialogues, poèmes, extraits de journal intime, de carnets de voyage, réflexion philosophique (mais toujours avec un style littéraire) sont au service d'une même sensation : jouir, sans complexe, de la vie. Gide, très contraint dans sa jeunesse par l'éducation protestante et ne sachant comment recevoir les pulsions homosexuelles ressenties très jeune, s'est libéré par ce livre du joug de l'éducation reçue mais pas choisie.
Ce livre vous fait respirer, vous évade, vous fait côtoyer Dieu en expulsant toute religion autre que celle de la vie (le rêve...).
Gide insuffle une prose magnifique, décomplexée. Personnellement, avant de rencontrer Céline et son voyage, ce fut le livre qui me révolutionna le plus. Chaque jour je ne pouvais lire qu'une page, tant l'écriture de Gide est dense, profonde, à paliers. Ce fut la lecture favorite d'une jeunesse aspirant à outrepasser l'éducation et les valeurs d'un certain temps. Ce livre est en dehors du temps, c'est ainsi qu'il est intemporel et s'adresse à tout ce qui unit à la nature et à ce qui est naturel. Gide nous apprend à désirer. Non pas à consommer. La différence est de taille.
Comme ça me fait chier de faire du "copier-coller" alors pour les citations extraites c'est ici.
Sachez que lors de sa sortie, le livre n'eut aucun succès rencontrant son public quelques décennies plus tard (comme d'hab pour toutes les grandes œuvres...). Lisez le les yeux fermés et l'esprit bien ouvert. C'est tout (et seulement) ce que ce livre demande. Et si vous accrochez à Gide (sorte de pionner du tourisme sexuel, monsieur se découvrant une passion inavouable pour les enfants surtout maghrébins) jetez-vous sur son journal édité seulement à la pléïade. Ses autres romans sont décevants (ça n'engage que moi, sorry André, mais je me permets de te dire ceci car je me tape tout ton intégrale). Maintenant éteignez votre ordinateur et allez à l'essentiel : le livre.
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MES SKETCHS
