Un humoriste qui s'amuse sans jamais se prendre au sérieux et qui se prend au sérieux mais toujours en s'amusant |
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THEATRESon mec à moi, Patrick Hernandez
Non, ce n'est pas ce Patrick Hernandez là
Un soir d'été 2006, tandis que je jouais mon one man show à la providence, un petit bonhomme - sans que je le sache - m'observait attentivement dans le fond de la salle.
Son nom : Patrick Hernandez. Sa profession : auteur et metteur en scène de pièces qui ont rencontré un certain succès dans le milieu du café théâtre. Sa petite idéé nichée derrière son adorable petite tête : enrôler Olivier Sauton dans sa dernière création. Je connaissais le bonhomme de réputation, nous fîmes connaissance et prirent rendez-vous pour discuter de tout ça.
La pièce traitait du monde gay et mettait en scène trois personnages : une working girl hyper active, un gay mesuré, une follasse complètement déjantée et gaffeur.
Patrick me laissa choisir le rôle qui m'intéressait le plus. Bon, évidemment, le rôle féminin... je l'ai laissé à une fille (j'aurai peut-être pas du, d'ailleurs...). Ne me restait que les deux gays. Immédiatement, je fus attiré par le rôle de Dany, la follasse. Je le trouvais plus excitant à jouer, c'était le rôle comique et quasi central de la pièce, une sorte d'Arlequin des temps modernes aux couleurs de l'arc en ciel. Et puis j'avais toujours rêvé de jouer un homo très efféminé. Donc,banco!
C'était un rôle casse-gueule : il fallait être drôle, tout en évitant de tomber dans la caricature. Être authentique tout en sachant doser le trait grossier de l'humour.
Le rôle féminin étant déjà pourvu (par Magali Miniac), ne restait plus que l'autre gay à trouver. Je proposais Stéphane Peyran, un très bon ami très bon comédien. Il fit des essais, réussis sur le plan de la comédie, mais sa physionomie débonnaire ne correspondait pas au personnage. Amaury de Crayencour fut donc le comédien choisi, et même très bien choisi. Les répétitions commencèrent au mois d'aout, en vue de jouer début octobre au théâtre Michel Galabru.
Amaury de Crayencour
Jusqu'alors, je n'avais jamais cherché à jouer autre texte que les miens. Mais j'avais changé, avais besoin de "gouter" un autre auteur, voulais me confronter au théâtre (jusqu'ici j'avais toujours été seul dans les loges et ne donnais la réplique qu'à moi-même), ainsi que m'emparer d'un rôle.
Les répétitions m'amusèrent follement, et je ne cessais d'y faire le pitre multipliant farces et vannes. Ce que j'appréciais énormément, c'était la liberté dont je jouissais vis à vis du texte ainsi que vis à vis de la mise en scène. En effet, Patrick Hernandez avait compris qu'il fallait me laisser libre dans mon expression pour que je puisse faire quelque chose de ce Dany. Ainsi je changeais répliques et proposais moult lazzi. Les conseils de Patrick n'en améliorèrent que l'efficacité.
C'est avec une certaine appréhension que j'abordais la générale. En effet, j'avais bien conscience que je ne jouais pas un Molière (et ce, sans faire offense au talent de Patrick, qui dit lui-même ne pas avoir l'ambition de la littérature) et, si lors des répétitions j'étais drôle, qui sait si mon interprétation d'homo n'allait pas être taxée de ridicule?
Finalement le succès fut complet, et ma prestation saluée unanimement. Ouf!!! C'était marrant de partager les répliques ainsi que les loges, les comédiens sont assez fascinants à observer avant de jouer. Chacun évacue son stress comme il peut, se prépare à sa façon. Ce fut l'un de mes grands plaisirs d'observer tout cela.
Magali Miniac
La pièce fonctionnait, tant avec le public hétéro qu'avec le public gay, cependant elle ne bénéficia pas de la couverture médiatique nécessaire à la promotion d'une pièce. En effet, en plus d'un an de représentation, aucun média presse digne de ce nom ne se déplaça. On peut pas dire que le service presse ait été efficace sur ce coup là...
Seuls quelques médias homo se déplacèrent et en firent un bon écho. Mais leur tirage et notoriété étant très confinés, on ne peut pas dire que ça ramenait du spectateur à tire-larigot. L'affichage forcené et sauvage de la production LMDB s'avèrera donc insuffisant. Ainsi le théâtre n'était pas plein, et c'était bien dommage.
Nous changeâmes de théâtre, et migrâmes vers le théâtre Coté Cour. La salle était moins belle, mais ça ne m'importait guère, et pour dire la vérité, pas du tout. Un rat qui se ballade dans les coulisses du théâtre dans lequel je joue, personnellement je trouve ça fantastique comme souvenir de comédien crevard!
Au festygay (festival de théâtre réservé aux pièces traitant de ce sujet, si! si! ça existe...) la pièce reçut un accueil triomphal! Le public homosexuel sorti emballé! Le jury décerna le prix d'interprétation féminine à Magali Miniac, prouvant par là que notre pièce se devait d'être récompensée.
Après le succès du festygay, le théâtre Coté Cour nous invita trois fois par semaine pour quelques mois.
La pièce avait toujours autant d'efficacité, personnellement je me régalais chaque fois un peu plus tentant nouveaux lazzi, nouvelles répliques (j'ai tant changé mon texte que la moitié porte mon sceau) et mesurant toujours plus le travail et l'investissement qu'exigent les métiers de la scène. Cependant une certaine lassitude gagna certains membres de l'équipe, l'ambiance n'était plus aussi bonne qu'avant, et c'est fatalement que l'aventure prit fin.
De "Son mec à moi", j'ai aimé les interrogations, trouvailles et enseignements apportés à mon jeu, les rencontres humaines que cela m'a occasionné, ainsi que le plaisir de jouer une comédie et de faire rire un public.
J'ai moins aimé la maigre paye (euh... maigre, genre... euh... genre Éthiopie quoi), l'incompatibilité de caractère entre certains éléments de la troupe ainsi que les incertitudes quant à l'avenir du projet. Tous ces éléments m'incitèrent, moi aussi, à mettre un terme à l'aventure. Lu 724 fois
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